Blaise Pascal. Le savant converti (2022)

Ce mathématicien de génie, inventeur de la machine à calculer, connaît la Révélation. Après son expérience mystique, il se consacre à la défense du jansénisme dans Les Provinciales et écrit une apologie de la religion chrétienne, les Pensées. Dans un XVIIe siècle bouillonnant, Pascal oppose le cœur à la raison de Descartes.

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Foi ou raison, faut-il choisir ? Au cours de sa « nuit de feu », Blaise Pascal se destine à 31 ans à « un oubli du monde et de tout hormis Dieu ». Ce scientifique de génie, convaincu qu’on ne peut connaître Dieu que par le cœur, et non par la raison, restera toute sa vie un homme de contraste : savant et croyant, tiraillé entre la noirceur de ses réflexions et l’ardeur de sa foi, c’est en philosophe qu’il regarde l’homme osciller entre grandeur et misère. Il naît à Clermont-Ferrand le 19 juin 1623. Il perd sa mère à l’âge de 3 ans : son père, Étienne Pascal, prend seul en charge son éducation et celle de ses deux sœurs, Gilberte et Jacqueline. Il est receveur des impôts et appartient à la noblesse de robe auvergnate. C’est surtout un amoureux des sciences, passionné par la révolution scientifique qui secoue l’Europe du XVIIe siècle, à la suite des expériences de Galilée. En 1631, la famille Pascal s’installe à Paris. Étienne Pascal rencontre très vite les plus brillants esprits scientifiques de la capitale, et notamment Marin Mersenne, homme de religion et mathématicien, qui compte René Descartes parmi ses illustres correspondants. Le jeune Blaise montre très tôt de surprenantes facultés de raisonnement. Heurtant un plat en faïence avec un couteau, il constate que le son s’arrête quand il pose la main dessus : à 11 ans, il écrit un Traité sur les sons, aujourd’hui perdu.

« Presque pensante et pourtant inanimée, sa machine d’arithmétique fait sensation : on l’appellera la pascaline »

Pressentant les dispositions prodigieuses de son fils, son père commence par freiner sa curiosité dévorante pour les mathématiques, le nourrissant d’abord de latin, de grec et de lectures bibliques. Blaise étudie la géométrie en cachette, et accompagne bientôt son père, forcé de reconnaître ses facilités exceptionnelles, aux réunions de l’académie tenue par Mersenne. À 17 ans, il publie son premier écrit scientifique, un Traité sur les coniques. Au printemps1640, la famille arrive à Rouen : Richelieu a confié à Étienne Pascal une mission de maintien de l’ordre en Normandie. Dans les salons rouennais, Jacqueline brille par ses talents poétiques, attirant l’attention de Pierre Corneille. Blaise, lui, consacre toute son énergie à l’élaboration de sa machine à calculer. Elle se présente sous la forme d’un élégant coffret, doté d’un système de roues et de petites fenêtres où s’affichent les résultats. Presque pensante et pourtant inanimée, sa machine d’arithmétique fait sensation : on l’appellera la pascaline, et même s’il s’en vend peu du fait de son prix élevé, elle fait la gloire de son jeune inventeur.

La preuve par le vide

Le hasard d’une rencontre bouleverse bientôt la vie de la famille. Blessé à la cuisse, Étienne Pascal est soigné par les frères Deschamps, deux gentilshommes normands convertis à la religion après une vie tumultueuse. Ils lui font découvrir le jansénisme, un mouvement religieux tirant son nom de Cornélius Jansen, évêque d’Ypres. L’Augustinus, qu’il publie en 1640, expose la pensée de saint Augustin sur des points de théologie vivement débattus, alors qu’une grande tension règne toujours entre catholiques et protestants. Pour Jansen, l’homme, déchu dans le péché, est par lui-même incapable de bien sans la grâce dite « efficace », qui dépend de Dieu. Il se rapproche ainsi dangereusement des vues calvinistes, ce qui lui vaut l’hostilité des jésuites, défenseurs du catholicisme romain contre les idées de la Réforme. La lecture des ouvrages jansénistes est un bouleversement spirituel pour Étienne Pascal, qui engage la conversion de toute la famille, à commencer par le fils. Dès 1646, Blaise fréquente de plus en plus l’abbaye de Port-Royal à Paris, haut lieu du jansénisme, où il s’entretient longuement avec les confesseurs des religieuses.

Simultanément, ses activités scientifiques reprennent de plus belle. Ayant pris connaissance des expériences sur le vide qu’a réalisées en Italie le physicien Torricelli, il les reproduit avec succès à l’automne 1646, et publie les Expériences nouvelles touchant le vide, qui concluent à l’existence du vide absolu. À 24 ans, Pascal entend donc réfuter la physique d’Aristote – selon laquelle « la nature a horreur du vide » – mais aussi de Descartes, qui juge impossible que « ce qui n’est rien ait de l’extension » et refuse donc de reconnaître l’existence du vide. Les 23 et 24 septembre 1647, l’auteur du Discours de la méthode, alors au sommet de sa gloire, rend visite au jeune savant. Descartes prétendra lui avoir alors suggéré de refaire en altitude ses expériences sur le vide. En 1648, Pascal confie à son beau-frère, Florin Périer, le soin de réaliser cette « grande expérience de l’équilibre des liqueurs ». Ce dernier remplit des tubes de la « liqueur » la plus dense, le mercure, d’abord à Clermont-Ferrand, puis au sommet du puy de Dôme, et constate qu’en altitude, le mercure monte systématiquement moins haut. La preuve est ainsi faite que la pesanteur de l’air est la cause de l’ascension du mercure, et donc de la présence du vide dans le tube. Pascal en revendiquera toujours l’idée, sans jamais revoir Descartes, qui meurt deux ans et demi plus tard.

Deux événements familiaux vont affecter Pascal : la mort de son père, en 1651, et l’entrée de Jacqueline à l’abbaye de Port-Royal, dans les premiers jours de 1652. S’il se réjouit de cette vocation religieuse, Pascal sait aussi que, en entrant dans les ordres, sa sœur adorée quitte le monde pour toujours. Le voyant encore travailler à son Traité du vide malgré sa santé fragile, ses médecins redoutent le surmenage et, au début de ces années 1650, Pascal adopte, sur leurs conseils, une vie plus mondaine. Il renoue alors avec Artus Gouffier, duc de Roannez, un ami d’enfance féru de sciences, maintenant gouverneur du Poitou. Dans son entourage, il rencontre des libertins et se lie en particulier avec le chevalier de Méré, un gentilhomme poitevin, et l’un de ses correspondants, Damien Mitton. Tous deux incarnent ce libertinage intellectuel qui fleurit au XVIIesiècle : beaux esprits, ces grands lecteurs de Montaigne sont aussi amateurs de jeux de hasard et d’argent. Leurs échanges de lettres ne semblent guère avoir d’influence sur les mœurs de Pascal – d’après Gilberte, sa fervente hagiographe, son frère a toujours été « préservé des vices », menant une vie de moine laïc. C’est en s’attelant à un problème posé par le chevalier de Méré que Pascal s’engage dans ce qu’il nomme la « géométrie du hasard », c’est-à-dire le calcul de probabilités : quand un jeu de dés ou de cartes où chacun a misé une certaine somme s’arrête avant la fin, comment répartir les enjeux, non d’après la mise, mais d’après les chances de gagner ? Pascal se passionne pour ce problème, dit des « partis » ou partage (lire encadré ci-contre). Il engage sur le sujet une correspondance avec le mathématicien toulousain Fermat, qui s’appuie sur la théorie classique des combinaisons. Pascal, lui, affirme qu’il a trouvé « une méthode bien plus courte et plus nette » : il vient d’inventer le raisonnement par récurrence ou inductif, qu’il expose dans son Traité du triangle mathématique, publié en 1665.

« "Joie, joie, joie, pleurs de joie", écrit Pascal: l'ardeur de la foi jette pour un temps son ombre sur les atours de la raison »

L’année 1654, décisive sur le plan scientifique, est surtout marquée par un tournant religieux majeur. À l’automne, Pascal s’installe rue des Francs-Bourgeois-Saint-Michel, dans une maison occupant l’actuel n° 54 de la rue Monsieur-le-Prince, dont il peut s’offrir la location grâce à un placement immobilier fructueux. Loin d’être coupé des réalités matérielles, Pascal a toujours géré ses biens en homme d’affaires avisé. Il prend, la même année, une participation financière dans une société d’assèchement des marais du Poitou. Mais, dans les lettres qu’il adresse à cette période à sa sœur Jacqueline, c’est la misère d’un homme rongé par les scrupules et abandonné de Dieu qui perce sous l’orgueil de l’homme de science. Alors qu’il sent monter en lui le dégoût de ce monde éphémère, Pascal connaît le 23 novembre 1654 sa nuit de conversion, dont il fait un récit vibrant dans le Mémorial, texte dont personne n’a eu connaissance de son vivant. Il a été découvert après sa mort, cousu dans la doublure de son manteau pour garder contre sa poitrine le « Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob, non des philosophes et des savants » qui, cette nuit-là, s’est fait sensible au cœur. Touché par le feu de la révélation divine, Pascal vit un bouleversement spirituel sans précédent. « Joie, joie, joie, pleurs de joie », écrit-il dans le Mémorial : l’ardeur de la foi jette pour un temps son ombre sur les atours de la raison.

Au cœur de la querelle théologique

Après la nuit de feu, la production scientifique de Pascal se ralentit indéniablement. Il renonce ainsi à diffuser son Traité du triangle mathématique. Aux premiers jours de 1655, Pascal s’engage dans une retraite d’un mois à Port-Royal-des-Champs. Partageant son temps entre prières et entretiens, il se place sous la direction spirituelle de Louis-Isaac Le Maistre, sieur de Sacy, qui est l’âme de cette abbaye située dans la vallée de Chevreuse, au sud-ouest de Paris. Ce deuxième foyer janséniste se distingue par un projet éducatif de grande ampleur, « les petites Écoles », qui accueillent des dizaines de jeunes pensionnaires. Pascal rédige pour eux un Entretien de M. Pascal et de M. de Sacy sur la lecture d’Épictète et de Montaigne ainsi que deux dissertations sur l’art du raisonnement publiées après sa mort sous le titre De l’esprit géométrique. En 1655, la polémique enfle autour des jansénistes, confrontés à l’hostilité du cardinal Mazarin. Quand l’Église refuse l’absolution à un proche de Port-Royal, le grand théologien janséniste Antoine Arnauld publie deux Lettres à l’automne 1655, immédiatement condamnées par les théologiens de la Sorbonne. Contraint de se cacher, il fait appel à Pascal, qui imprime en janvier 1656 une première lettre sous le pseudonyme de Louis de Montalte, portant comme titre complet Lettre écrite à un provincial sur le sujet des disputes présentes de la Sorbonne. Dix-sept autres paraissent dans les mois suivants et passent à la postérité comme Les Provinciales. Elles constituent une féroce machine de guerre contre la casuistique des jésuites, cette méthode de résolution des cas de conscience en fonction des circonstances. « Je n’ai fait celle-ci plus longue que parce que je n’ai pas eu le loisir de la faire plus courte », lance-t-il dans la seizième lettre. Alliant l’ironie mordante à la finesse de l’argumentation, Pascal signe un chef-d’œuvre d’éloquence qui sert la popularité de la cause janséniste autant que sa postérité littéraire. Au plus fort de la querelle, il est lui aussi contraint de se cacher sous un faux nom dans une auberge proche de la Sorbonne – au nez et à la barbe de ses adversaires.

(Video) Blaise Pascal : À 350 ans de nous, Blaise Pascal (1973 / France Culture)

Alors que la querelle religieuse bat son plein, un événement miraculeux exacerbe à nouveau la foi de Pascal. Le 24 mars 1656, Marguerite Périer, sa nièce, est soudain guérie d’une terrible maladie à l’œil tandis qu’elle vénère une relique de la couronne du Christ. Le « miracle de la Sainte Épine » bouleverse Pascal, qui se décide à écrire une apologie de la religion chrétienne, dont on connaît la version inachevée sous le titre de Pensées. Alors que son état de santé se dégrade, il fixe ses réflexions dans des centaines de fragments sur la misère de l’homme, sa recherche du divertissement et sur Jésus-Christ, « le réparateur de notre misère ». En 1658, Pascal peut déjà classer les notes des futures Pensées en vingt-sept liasses ; elles ne sont publiées qu’en 1670, par son neveu Étienne Périer. Il se replonge alors brièvement dans la recherche. Il réfléchit à la « roulette », ou cycloïde – soit la courbe que décrirait un caillou coincé dans une roue en mouvement. Les plus grands savants, de Galilée à Fermat en passant par Descartes et Mersenne, avaient tenté de comprendre comment cette courbe peut rouler sans glisser le long d’une droite. Le duc de Roannez parvient à convaincre Pascal d’organiser un concours sur la question ; sa propre contribution, qui fait appel à la méthode des indivisibles, en fait le précurseur du calcul infinitésimal. Il trouve encore la force de s’investir dans un projet méconnu, le premier réseau de transports publics parisiens, sur l’initiative de son ami le duc de Roannez, qui fait inaugurer, en mars 1662, la première ligne régulière de carrosses. L’affaire se révèle fructueuse, même s’il agit d’abord par charité chrétienne, au service de ceux qui ne peuvent pas s’offrir de chaise à porteurs. Durant l’été 1662, Pascal est pris de convulsions toujours plus fréquentes, et décède le 19 août. « À cet âge où les autres hommes commencent à peine de naître, écrit Chateaubriand, ayant achevé de parcourir le cercle des sciences humaines, il s’aperçut de leur néant et jeta sur le papier des pensées qui tiennent autant du dieu que de l’homme : cet effrayant génie se nommait Blaise Pascal. »

Pascal, précurseur des probabilités

Marc Barbut est agrégé de mathématiques, docteur en lettres et sciences humaines, et directeur d’études à l’EHESS. Il est spécialiste de l’histoire du calcul des probabilités, et de leur application aux sciences sociales. Dernier ouvrage paru : La Mesure des inégalités (Librairie Droz, 2007).

«Deux hommes jouent à un jeu de hasard, type “pile ou face”. Pour une raison quelconque, la partie est interrompue. Comment partager de manière équitable “le pot” qui est sur la table ? Pour traiter ce problème, Pascal invente en 1654 un raisonnement par récurrence inverse : en chaque fin de partie, on sait comment se partage la somme mise en jeu ; plaçons-nous un coup avant, puis deux coups avant, etc., en déterminant à chaque fois les chances de gain pour chaque joueur. Dans l’histoire des mathématiques, Pascal fonde le calcul des “espérances”, qui deviendra le calcul des probabilités. Mais il est aussi le précurseur de ce que l’on appelle la praxéologie (science de l’action) mathématique, qui comprend notamment la théorie des jeux. Grâce à lui, on peut modéliser les décisions en situation d’incertitude. Imaginons une personne qui hésite à jouer au Loto : si elle est pascalienne, elle va d’abord faire le produit de la probabilité de gagner et du gain associé à cet événement ; si le produit – l’espérance calculée – est supérieur au prix du ticket, alors elle achètera celui-ci, et inversement. Autre exemple de comportement quotidien : si je me gare délibérément en stationnement interdit, c’est que mon intérêt à le faire (rapporté à la probabilité d’être contrôlé) dépasse le prix de l’amende éventuelle, dont je connais le montant. À chaque fois, l’agent raisonne en fonction de ce qui peut arriver, selon une arithmétique ou une “géométrie du hasard”, comme dit Pascal. Dans toute décision, il y a une part de calcul, mais également une dimension de prise de risque, de saut dans l’inconnu. Mathématicien rattrapé par les vertiges de la métaphysique, Pascal était bien l’homme prédestiné à “modéliser” une telle ambiguïté ! »
Propos recueillis par Martin Duru

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FAQs

What did Blaise Pascal argue about humans? ›

Pascal's wager is a philosophical argument presented by the seventeenth-century French mathematician, philosopher, physicist and theologian Blaise Pascal (1623–1662). It posits that human beings wager with their lives that God either exists or does not.

What did Blaise Pascal said? ›

The heart has its reasons which reason knows not.” “All of humanity's problems stem from man's inability to sit quietly in a room alone.” “I have only made this letter longer because I have not had the time to make it shorter."

Does Blaise Pascal believe in God? ›

Blaise Pascal (1623-1662) offers a pragmatic reason for believing in God: even under the assumption that God's existence is unlikely, the potential benefits of believing are so vast as to make betting on theism rational.

What is Pascal's wager summary? ›

Pascal's wager, originally proposed by Blaise Pascal (1623–1662), takes a more pragmatic approach. Pascal thought that evidence cannot settle the question of whether God exists, so he proposes that you should bet, or wager, on God because of what's at stake: you have lots to gain and not much to lose.

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